À l’heure où les lecteurs de Spiderman en VF retiennent de l’araignée un numéro qui combinait histoires de belle-famille d’Harry Osborn, de speed-dating, et de parodie grotesque sur Mary Jane, Panini nous livre le premier numéro de la série « Marvel NOIR » qui met en scène Spiderman. Autant le dire tout de suite, ce comics est la preuve que Spidey n’a pas perdu toute trace de crédibilité, comme le laissent à penser les innombrables bouche-trous d’Amazing Spiderman qu’on voit régulièrement fleurir dans le magasine de Panini.
J’étais à la fois surpris et impatient de lire un numéro de spidey qui se déroule en dehors du cadre classique que nous connaissons tous (lecteurs d’Amazing Spiderman comme spectateurs des films de l’araignée). La transposition de l’univers est, comme je l’ai dit plus haut, très crédible puisqu’elle part quasiment de zéro. On y trouve ainsi tous les personnages emblématiques de la série, qui voient eux aussi leur rôle adapté au cadre temporel de la grande dépression des années 30. Tante May est ainsi une militante rouge là où elle aide les sans-abris dans ASM, Norman Osborn est à la tête d’un gang aux allures de réseau mafieux, et Ben Urich prend des clichés de la misère prolétarienne qui règne sur tout le pays. La situation pourrait paraître caricaturale lorsqu’on a l’habitude de suivre les aventures de Spiderman dans son univers habituel, mais tous les personnages s’inscrivent dans un scénario à la fois novateur (parmi tout ce que j’ai pu lire) et cohérent. Même si Peter Parker n’est pas moins révolté dans ce numéro à l’ambiance rouge, son caractère à la fois impulsif et naïf a bien été retranscrit pour l’époque. Il est ainsi toujours aussi marqué par la mort de son oncle, mort qui serait presque plus crédible que celle racontée dans ASM.
Le scénario en lui-même se laisse facilement lire. Le début de l’histoire est amené par la misère de tante May qu’elle déclame haut et fort, le poing levé, à ses camarades pour progressivement arriver au vif du sujet. La vie privée de Parker (qui est reliée à la mort de son oncle) et celle de Ben Urich se relient très bien, les deux personnages entretenant des relations toutes aussi ambigües que ce que nous avons l’habitude de lire. Le fait que Parker ne dispose pas tout de suite de ses pouvoirs m’a tout d’abord surpris, mais la scène où il découvre ces derniers est brève et ne casse pas le rythme de la trame principale du scénario. Remarquons par ailleurs que Spiderman n’est pas victime de ses pouvoirs comme il peut l’être dans ASM où il est régulièrement vu comme un meurtrier par les tabloids. Il les utilise véritablement comme une arme, et perd ainsi un peu de ses airs de héros qui lui collent à la peau dans ASM. Notons que même si le scénario a bien été adapté aux années 30, certains rebondissements révèlent une volonté un peu trop flagrante de relancer l’intérêt du numéro pour en justifier une fin.
Le dessinateur Carmine Di Giandomenico que certains ont peut-être vu à l’oeuvre dans X-Men : Magneto Testament a un trait qui colle plutôt bien à l’ambiance général du volume. En feuilletant rapidement ce Spiderman Noir avant de me mettre à le lire, son trait me paraissait un peu grossier mais certaines scènes ont vite démenti cet a priori. Les jeux de lumière dans le bar fréquenté par Ben Urich sont très réussis, tout comme les scènes en extérieur sous la neige.
Pour finir, je ferais une remarque sur l’excellente facture du volume de Panini. La couverture est réussie tout en étant sobre, avec les nouveaux logos Spiderman et Marvel NOIR. En quatrième de couverture, on trouve une variant cover de ce premier numéro avec un très court résumé et une description de la série Noir de Marvel. À l’intérieur, avant de découvrir les planches de toute l’équipe, on trouve une description plus longue de la série Noir, et Panini annonce ses plans pour la parution des autres héros dans leurs récits noirs respectifs. Les chapitres sont entrecoupés des variant covers des prochains numéros, dont les couvertures définitives sont exposées à la fin du volume, avec une petite bio de chacun des deux scénaristes et du dessinateur.
Spiderman Noir est donc un bon volume qui reprend l’univers connu et apprécié de l’araignée pour le transposer dans les années 30, avec des retouches pertinentes pour une meilleure cohérence avec l’époque présentée.




